Ci dessous, un article paru dans le Journal du Dimanche après notre Congrès !
Quand Ségolène Royal emporte Reims...
Qu'on le veuille ou non, qu'on l'aime ou que l'on ne l'aime pas, Ségolène - dans un discours de trente-cinq minutes - a prouvé non seulement qu'elle était une femme politique novatrice, mais
encore qu'elle était une femme politique courageuse.
Ségolène Royal. (Reuters)En affrontant une salle largement acquise à M. Aubry (qui avait fait la retape, pour l'occasion), elle a tour à tour démoli la maire de Lille qui fustige l'alliance avec
le MoDem tout en s'alliant à Lille avec lui, et pris au mot le maire de Paris en proposant de soumettre cette question - si elle devait se poser, dans trois ans - aux militants.
Certaines mauvaises langues auront beau dire que la question des alliances a été tranchée par le vote du 6 novembre (70 % des militants désapprouveraient cette alliance au centre). C'est une
erreur grossière : les militants ne se prononçaient pas là-dessus.
J'entends déjà ceux qui me diront : "Il fallait opter pour une ligne politique". Mais une ligne politique est mouvante, en fonction des circonstances, du temps, de l'opportunité. Elle n'est pas
statique ou immobile. Fr. Mitterrand n'a jamais été arc-bouté sur une ligne politique. C'est ce qu'a voulu dire la présidente de la région Poitou-Charentes.
Mais, ce qui m'a le plus choqué, devant mon téléviseur (et je l'avoue, j'ai parfois eu le frisson), ce sont les huées, les lazzis, quand elle a dit : "Il nous faut prendre soin de notre parti et
pour cela il va falloir nous guérir nous-même, nous soigner", ou bien : "Il faudra rassembler nos tendresses, nos colères et nos indignations", ou bien encore : "Nous voulons un parti fort,
n'ayons pas peur des militants, n'ayons pas peur d'une invasion de militants"...
Conspuer quelqu'un qui prône la réconciliation, l'amour entre soi, la fraternité (qui est tout de même inscrite sur les frontons de nos édifices), cela montre le degré zéro auquel est arrivé le
Parti socialiste. Les Français sont consternés par tout cela. Les vieux socialistes auront réussi une chose : rendre plus aimable S. Royal. Plus ils tapent sur elle, plus cela la renforce !
P. Moscovici affirme : "C'est un discours plein de fulgurances et de béances. Il y a un problème, c'est un discours assez décalé. Je vois que c'est très clivé, sa personnalité divise. Cela va
nuire au vivre ensemble du parti et ce n'est pas possible pour le parti. Il faut réfléchir à une solution."
Le député du Doubs n'a pas compris que nous assistions à une mutation politique, une autre façon de faire de la politique. Les meetings et les congrès organisés de la même manière depuis des
décennies, c'est terminé. S. Royal est en train de réinventer la politique à gauche, elle est en train de réinventer la gauche.
Ce congrès de Reims restera dans l'Histoire, comme celui de Tours. Car ce que le PS est en train de faire, c'est de jeter en dehors de lui-même un pan entier de socialistes qui veulent changer.
Si S. Royal continue d'être aussi haïe, maltraitée et avec elle les militants qui la soutiennent, le PS se fera hara-kiri. Le peuple français ne le suivra plus.
L'ex-candidate a marqué la vie politique française et la gauche. Plus rien ne sera comme avant. Rejeter la main qu'elle tend aux autres motions sera(it) suicidaire pour le PS. Et le pire, c'est
qu'il est prêt à se tuer. Plutôt se tuer que de confier Solférino à S. Royal ! La haine est plus forte que le rassemblement, malgré les difficultés des Français, malgré les défis nouveaux que
pose la crise financière, malgré le devoir d'innovation que nous imposent les difficultés climatiques et écologiques.
C'était un grand discours aujourd'hui qu'a prononcé S. Royal à Reims. Un discours qui fera date, un discours fondateur. Que les autres dirigeants en prennent de la graine et réfléchissent aux
enjeux auxquels le Parti socialiste est confronté ! Il en va de sa survie politique, électorale et militante. Ségolène l'a bien compris.
Derniers Commentaires